Les singes sont pas prêts de descendre de leur arbre, nous non plus !

Après un automne doux quoiqu’un chouilla humide, euh pardon, un été merdique, je fais moi aussi ma rentrée avec mon objectivité à toute épreuve et mon intelligence légendaire et j’ai décidé de vous parler des singes.

Oui, singe, le truc qui te ressemble, mais pas trop quand même parce qu’il est un peu trop poilu à ton goût et en plus il aime montrer ses fesses – quoique je suis sûre que ça vous rappelle à tous au moins une personne de votre entourage… Cependant, avant d’entamer le sujet de manière approfondie et pertinente, revenons sur quelques notions élémentaires. D’ailleurs, on va tout de suite arrêter de parler de singe, mais de primate histoire d’englober tout le monde et de nous faciliter la tâche – ça nous évitera les querelles de classification et de taxon. Précisons tout de même que chez les primates, il y a deux sous-branches :

Nous ne descendons donc pas du singe, nous sommes des singes alors que le lémurien, lui, c’est pas un singe ! Comme ça tu pourras te la péter en société samedi soir devant l’incrédulité générale et chaque recherche wikipedia de tes confrères sur leurs smartphones –  parce que « naaann s’pa possible » – te donnera raison !

Allez, histoire de pouvoir encore plus étaler ta science, il a existé plusieurs races d’hominines (nous) contemporaines de l’homo sapiens sapiens et qui étaient nos cousins – non nos ancêtres – comme le plus connu l’homme de Neandertal ou moins connu l’homme de Florès. Et continuons encore un peu : nous ne sommes pas de purs homos sapiens sapiens, mais nous avons mélangé notre patrimoine génétique avec Neandertal ! Il existe cependant des homo sapiens sapiens purs, sans mélange génétique avec Neandertal, il s’agit des africains, alors que les européens et les asiatiques sont de gros bâtards ! Pas de doute que Marine et ses petits copains ont a-do-ré cette découverte scientifique : sûrement un détail de l’évolution…

Pour résumer, la race aryenne ne ressemble pas à lui, mais à lui ! Même si en réalité, « aryen » est la traduction française du mot « arya » en sanskrit, terme par lequel se désignaient des populations de langue indo-européenne qui se sont établies en Iran, en Inde et aux Proche et Moyen-Orients durant le deuxième millénaire.

Concernant d’ailleurs l’évolution d’une part et les conséquences de l’influence de la religion/idéologie/politique sur les sciences de l’autre, je vous conseille la lecture de trois ouvrages : « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis (même s’il a un peu vieilli sur certaines théories), « un Néandertalien dans le métro » de Claudine Cohen sur l’impact des représentations, ou encore « Lucy et l’obscurantisme » de Pascal Picq, un essai intelligent sur toutes les conceptions de l’évolution, des plus inquiétantes aux plus éclairées, sans jamais faire l’impasse sur les divergences existantes.

Mais revenons à nos singes sinon on va pas s’en sortir ! L’homme n’a pas attendu Darwin ou les progrès de la génétique pour s’apercevoir que certains primates lui ressemblaient quand même un peu beaucoup (orang outan signifie homme des forêts en malais). Du coup, cela a suscité l’imaginaire qui fait du singe un magicien rusé, un être conscient de l’illusion et de l’impermanence de la réalité, un sage, un connaisseur de l’autre monde, un individu subtil qui se cache derrière une fausse stupidité pour tromper ses ennemis, un maître de technique, etc. C’est donc plutôt la classe niveau symbolique dans la plupart des mythologies, à part peut-être un ou deux endroits comme la Grèce antique qui le considère comme un joyeux bandit.

Étant donné l’influence de la civilisation de la Grèce antique – entres autres – sur nos perceptions actuelles, le singe nous apparait à nous crétins d’occidentaux comme un animal amusant, trompeur, espiègle, voleur, pas méchant, mais un brin couillon. De ce fait, dans la littérature comme le cinéma en passant par la télé, le singe est souvent le pitre de l’histoire comme Cheetah dans Tarzan ou Judy dans Daktari. Au cinéma, on le retrouve principalement dans les films pour enfants (Duston, panique au palace en 1996, George, le petit curieux en 2006, Les chimpanzés de l’espace en 2008…) ou les grosses comédies potaches (Doux, dur et dingue en 1978, Mookie en 1998, Zookeeper en 2011).

Le primate possède également une filmographie non négligeable dans la catégorie horreur comme le démontrent les films Incidents de parcours en 1988, Congo en 1995 ou Bloodmonkey en 2007. Citons le cas particulier du gorille, figure menaçante et puissante du grand primate par excellence, mais qui possède un certain capital sympathie grâce à son image de grosse brute au cœur tendre qui ne sait franchement pas s’y prendre avec les nanas (La Fiancée du gorille de Curt Siodmak ou les nombreux King Kong).

Heureusement, les avancées en matière d’anthropologie, puis de génétique, vont permettre au singe de regagner une certaine fierté. Le film incontournable demeure le classique Gorilles dans la Brume de Michael Apted avec Sigourney Weaver dans le rôle de Dian Fossey, éthologue américaine engagée qui travailla au côté des gorilles sauvages et permit de comprendre le fonctionnement sociétal et familial de ces derniers. Toute une filmographie de documentaires viendra réhabiliter l’image des singes, notamment à partir de la seconde moitié de la décennie 2000 et l’essor du documentaire écolo au cinéma (Orangs-outangs : minuit moins une en 2008, Green en 2009 et Bonobos en 2010).

Néanmoins, loin de la figure de l’abruti rigolo, du dangereux primate ou de la victime de la perfidie de l’homme, un ouvrage se démarque : La planète des singes. Ecrit en 1963 par l’écrivain français Pierre Boulle, il s’agit de l’une des premières œuvres où la supériorité de l’homme est mise à mal et le singe prend le contrôle de la planète en l’absence de celui-ci. Cet ouvrage connaîtra plusieurs adaptations cinématographiques dont le classique Planet of the Apes de Franklin J. Schaffner (1968) et d’autres à oublier comme celle de Tim Burton en 2001.

J’étais donc assez curieuse d’aller voir (en VO sous titré espagnol…) la dernière adaptation en date de l’ouvrage, premier opus d’une trilogie, Rise of the Planet of the Apes de Rupert Wyatt avec Andy Serkis et James Franco, qui s’est avéré décevant sur la perception des primates. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir fait des efforts comme le démontrent Koko le gorille ou les chimpanzés du projet Ai !

Il a fallu une fois de plus, pour qu’une autre espèce prenne de la « supériorité » sur nous, que nous la manipulions au sein d’une grande firme pharmaceutique ! Devoir concéder une certaine intelligence à une autre espèce n’est pas encore dans les mœurs actuels, alors que Pierre Boulle a écrit cette histoire après avoir combattu l’idéologie nazie au péril de sa vie.

Quant au film, il est assez entertainment (désolée pour l’anglicisme) surtout grâce à Cezar le chimpanzé – applaudi par la salle lors de ma séance ciné lorqu’il ouvre une certaine cage – et autres primates, mais soyons clairs, ça ne casse pas trois pattes à un canard. Les incohérences scénaristiques s’enchaînent comme Kool Shen, les raccourcis monstrueux nous font sortir de l’histoire et la brusque évolution, y compris anatomique, des singes laisse parfois souvent dubitatif. Que dire du pathos omniprésent qui alourdit le film ou de James Franco qui ressemble à un poisson rouge sorti de l’eau (et qui n’en est pas à son coup d’essai avec les singes). Bref, à regarder sans réfléchir ou a minima après une cuite à la sangria. Pour ceux qui ont déjà vu le film, je vous conseille d’aller lire la review assez poilante de l’odieux connard sur ce film !

Bref, attendons  quand même de voir la suite des évènements et notamment : est-ce que nos cousins seront représentés comme une civilisation à la technologie plus avancée que la nôtre dans les prochains films, comme copiant celle actuelle ou comme des rustres médiévaux ? Les paris sont ouverts et je peux vous conseiller en attendant de regarder la mini série télé britannique First Born (1988) avec Charles Dance qui est vachement plus sympa dans la catégorie expériences scientifiques qui tournent mal !

NB : et puis juste histoire de m’la jouer trop classe, j’ai mon petit autographe perso d’Yves Coppens-euh, un monsieur très sympa ! Si, si, vous savez qui c’est ^^ voici un indice !

+ de liens classés au pifomètre

Hominides.com

Atelier Daynes (reconstitutions d’hominines actuels et passés)

The Dian Fossey Gorilla Fund

The Jane Goodall Institute

European Primat Network

Orangutan Fondation International

United Nations Environment Programme

Greenpeace

Lojie

Lojie a grandi au milieu des romans de gare, des livres d’horreur et d’épouvante et des films de space-opera. Lojie a aussi grandi dans un coin bien pourri de la profonde banlieue parisienne et, jusqu'à l'âge du permis de conduire, a passé ses samedis soirs devant la trilogie de la petite chaîne qui monte. Depuis, les séries-télés, les livres et les films l'accompagnent contre vents et marées.

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